25 septembre 2016

Ecoute, écoute...c'est ma redoute !

Tonton Bédouin raconte

 

Une redoute pas très redoutable

 

Louis XVI, que l'on connait surtout pour son goût pour la serrurerie et le funeste 21 janvier (jour de son exécution!), s'intéressait aussi à la Marine. Dès son accession au trône, il préconise un renforcement de la défense côtière face à l'Angleterre. Les ouvrages militaires à cette époque sont en fort mauvais état. Pour Ouistreham, il s'agit du petit poste de garde la Pointe du Siège, du fortin de la Butte Saint Martin (l"ancien "camp romain") et de la plate forme d'artillerie de l'église.
En 1778, le maréchal de camp (équivalent de général de brigade) de Caux aîné directeur du Corps Royal du génie pour la région de Cherbourg, préconise la construction de trois redoutes destinées à protéger la fosse de Colleville et l'embouchure de l'Orne. A Merville, Ouistreham et Colleville. La technique de fortification et les plans s'inspirent des théories de Vauban décédé 70 ans plus tôt. Après en avoir établi le devis- murailles en pierres de Ranville, charpente de chêne, couverture d'ardoises, contrescarpe côté mer, logement pour trente hommes et un officier, poste de garde, magasins -, les travaux sont mis en adjudication et attribués au sieur Besson. La livraison des ouvrages a lieu semble-t-il courant 1780.


Le plan de la redoute de Ouistreham tel qu'il est déposé aux archives départementales; 
l'ouvrage était armé de trois pièces de 24 livres destinées à tirets des boulets de fonte rougis sur un gril à boulets. 
(On a depuis trouvé une autre technique au Petit Bédouin pour "tirer à boulets rouges" ) 


                                                                               


Louis XVI eu rapidement d'autres soucis que la guerre avec la perfide Albion; les troupes de la jeune République  occupèrent les redoutes pendant toute la période révolutionnaire tout autant pour protéger la côte que veiller sur les navires corsaires se réfugiant dans l'embouchure de l'Orne. Napoléon obsédé par la conquête de l'île d'en face tint à visiter les redoutes de Ouistreham et de Colleville lors de sa matinée d'inspection du 24 mai 1811 que Tonton Bédouin vous a déjà contée. La chute de l'Empire et les nouvelles relations avec l'Angleterre ôtèrent beaucoup d'intérêt à ces fortifications côtières peu à peu désertées, ensablées et parfois pillées. Un rapport de 1840 d'une commission d'inspection militaire en dresse un état des lieux plus qu'alarmant. Celle de Merville est restaurée et sert un temps de poste de douane. La redoute de Ouistreham est déclassée du domaine militaire en 1848. Les trois redoutes sont ensuite vendues à des particuliers.

La villa du comte de Milhau

 

Le comte de Milhau achète à l'Etat le terrain de la redoute en 1880 et y édifie sa résidence secondaire. La propriété est ceinte de mur de pierres calcaires et de briques et flanquée d'un charmant pavillon de chasse crénelé à la mode romantico-médiévale d'alors et d'une tour d'angle façon poivrière.


Sur cette carte postale de la fin du XIXème siècle
on découvre la propriété du comte de Milhau. 
On distingue sur la gauche en sombre au dessus du mur d'enceinte et devant la villa l'ancien rempart et la contrescarpe de la redoute recouverts de végétation.


Le comte de Milhau avec famille, chauffeur et bolide
devant le portail d'entrée de la villa La Redoute. 
La partie sombre au dessus du groupe est la contrescarpe de la redoute. La scène se situe dans l'actuelle avenue Boivin-Champeaux.


La redoute aujourd'hui

 

Si la redoute de Merville, acquise par le Conservatoire du littoral, restaurée et reconstituée opiniâtrement par une association de bénévoles retrouve peu à peu son aspect ancien, si celle de Colleville, acquise par la commune et qui a subit les combats de 1944  a été coupée en deux et transformée en équipement culturel (on aime moins les portes en PVC de l'ancien casernement...) le site  de celle de Ouistreham est occupé par la résidence Thalata, maison de retraite et de repos. Le corps de bâtiment de l'ancienne villa du comte de Milhau est transformé en hébergement pour les résidents; le charmant pavillon de chasse qui a gagné son indépendance abrite aujourd'hui des chambres d'hôtes. On peut encore voir les écuries face à la gare maritime et ça et là des vestiges du mur de clôture. Quant au bâtiment militaire initial, un intelligent parti-pris architectural a permis d'en conserver quelques vestiges habilement intégrés à la construction moderne. Et la nouvelle façade en briques a repris la forme semi circulaire de l'ancienne contrescarpe démolie en 1984.


Muraille, poterne d'entrée et galerie conservées.


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