31 octobre 2016

Le mendiant de l'amour

"Le Petit Bédouin" vous a fait un récit du rassemblement devant la mairie lors du dernier conseil municipal le 17 octobre dernier. Mais certains d'entre nous ont vécu ce rassemblement différemment. Aussi en toute objectivité nous allons vous narrer leur ressenti profond à la manière des petits bédouins ! Un peu décalée disiez-vous ? Certes ! Mais vous nous connaissez maintenant !




Un matin d'automne un peu difficile comme il arrive parfois, un matin chagrin, je vais chercher mon courrier dans la boîte aux lettres et découvre le dernier bulletin municipal: "L'avenir". Je l'ouvre distraitement, commence à lire l'éditorial et découvre cette phrase mémorable qui restera à tout jamais gravée dans mon esprit :" Comptant sur votre soutien et une vision d'avenir, je vous réitère ici tout mon amour".







Aucun maire ne m'a jamais parlé comme cela. Mon cœur palpite, mes sentiments vacillent, je rougis même un peu. Là, debout dans ma cuisine, l'haleine encore douteuse, la robe de chambre parsemée de miettes de Cracottes, "Mon Maire" me déclare sa flamme. Ma vie s'illumine, mon esprit s'élève tel un goéland au dessus de la Manche par une tumultueuse journée de tempête. Je décide alors de prendre part à la réunion citoyenne qui se déroule le soir même devant la mairie de notre jolie petite ville. J'attends impatiemment que les aiguilles tournent, je décroche un rendez-vous imprévu chez le coiffeur, pour qu'enfin arrive 18 h et l'heure de ma rencontre. Je marche un peu fébrile sous le soleil automnale sentant mon cœur s'emballer, j'ai mis ma plus belle chemise et me suis parfumé d'une fragrance au musc ambré des steppes sibériennes. J'ai tant patienté ! Mais arrivé devant l'hôtel de ville me voilà désorienté, une foule est là, calme mais déterminée...  Alors tous ces gens l'aiment aussi! Une banderole déclame "On n'est pas des pigeons!!" et oui, nous sommes plutôt des...tourtereaux!

Sur le parvis de la mairie, de beaux militaires tout de bleu vêtus et deux policiers veillent sur cette foule amoureuse mais tout en retenue. Les armes sont à la ceinture, apportant une touche virile mais bienveillante. Heureusement l'ordre règne car l'on sait parfois que l'amour est un sentiment violent. 

La masse hésite puis s'avance timidement, des retardataires accourent, venus eux aussi crier, déclarer leur flamme. Un journaliste à la barbe naissante de "Justice et liberté" invite à se positionner sur le perron, comme pour un mariage. Il y a là des femmes, des hommes, des enfants, des jeunes et des personnes âgées. Certains sont trop timides pour être sur le cliché. Nous sommes comme à la noce mais il n'y a qu'un courtisan et tant de prétendants!  Je franchis enfin les portes de la salle surchauffée du conseil filtrée par deux policiers là pour nous accueillir avec émotion bien sûr. Il y a trop de monde, mon amoureux est là mais rouge de colère : " Il n'a sans doute pas grand chose à faire d'autre dans la vie comme tous ceux qui sont dehors !" vocifère t-il à mon encontre. 



Je suis éconduit, mon cœur chavire, part à la dérive... Mes sentiments s'envolent tels une feuille d'automne emportée par le vent d'octobre. Puis j'entends soudain le mugissement lancinant d'une sirène dans ma tête, je sors respirer l'air du soir réconforté par mes amis. Des mouchoirs me sont offerts. La sirène hurle mon désespoir, vomit sa colère dans la boîte aux lettres... retour à l'expéditeur !



On m'explique que c'est normal, que c'est toujours comme cela avec lui. Il aime et déteste en même temps, dans le même instant fugace d'une soirée d'octobre, le chaos des sentiments. 

Ce n'est que plus tard, réconforté par l'amitié qui lie les hommes et les femmes éconduits, sur une terrasse surchauffée du côté du port, un verre de rosé délicatement posé sur mes lèvres tremblotantes que je comprendrai. Au mugissement ostentatoire et lugubre de la sirène hurlante succède alors une petite mélodie portée par le vent chaud du sud qui m'entraine et me réconforte:

https://www.youtube.com/watch?v=-nCWIhodrrw