26 mars 2016

Lettre ouverte à Romain Bail

Chers lecteurs, un bédouin, comme vous et moi, autrement dit un "bédouin moyen", a décidé d'écrire une lettre ouverte à Romain Bail pour dresser un bilan objectif de ces deux années écoulées. La rédaction de LPB a décidé de publier ce courrier, avec l'accord de son auteur, car il correspond au ressenti de beaucoup d'entre nous. Cette lettre a été remise au Maire.   




LETTRE OUVERTE À ROMAIN BAIL


Monsieur le Maire,

En bon démocrate – tout comme vous si j'en juge par ce que vous répétez à qui veut l'entendre – et beau joueur que je crois être, j'étais prêt, au lendemain du verdict rendu par les urnes un soir de mars 2014, à vous laisser une chance de me rallier à votre vision de l'avenir pour Ouistreham, en dépit de nos divergences partisanes mais en faveur d'une attractivité accrue de notre ville, en faveur d'un « lifting » des outils municipaux de communication (bulletin bimensuel, site internet de la ville), en faveur de la réduction des dépenses publiques et du rétablissement de finances saines, en faveur d'une ambition culturelle et d'une concertation régulière des Ouistrehamais, d'une gestion plus participative de notre ville, d'un quotidien fait d'écoute et de respect mutuel. J'étais prêt à, sinon croire en vous, du moins à vous laisser tranquillement mener vos premières années de mandat.

Oui mais voilà, la liste des paradoxes nés de la politique actuelle de votre « équipe » ne me laisse déjà plus guère d'illusions. Laissez-moi vous faire part de quelques-unes d'entre elles qui, soit vous permettront une éventuelle remise en question salutaire, soit me permettront de confirmer les doutes que je nourris à l'égard de votre capacité à mener à bien votre mission de premier élu de la ville.

Paradoxe N°1
Vous prétendez vouloir rendre notre ville attractive MAIS vous mettez en place un stationnement payant pendant la saison touristique. Sans commentaire.

Paradoxe N°2
Vous prétendez vouloir rendre notre ville attractive en organisant des « événements » soi-disant prestigieux ou mobilisateurs MAIS dont l'insuccès est pourtant d'avance assuré du fait de leur indigence culturelle (élection de Super Mamie, Ma ville a du talent), de leur démesure (Carnaval 2015) ou dont la retombée – a priori potentiellement bénéfique – est pourtant quasi-nulle (Yvan Bourgnon, retour de l'appellation « Ouistreham-Riva-Bella », lancement d'une gamme de produits estampillés « The plage to be »). Fort heureusement, le ridicule ne tue pas.

Paradoxe N°3
Vous prétendez ne pas vouloir augmenter la fiscalité MAIS vous supprimez les abattements pour une partie de la population et dans le même temps, mettez en place une espèce de course au chiffre au niveau des procès-verbaux dont la recrudescence est drastique.

Paradoxe N°4
Vous prétendez agir par intérêt pour les Ouistrehamais MAIS en supprimant ou réduisant les subventions allouées à de nombreuses associations ; vous amputez de facto la qualité des activités qu'elles proposent et contribuez à créer un climat d'incompréhension voire de tension.

Paradoxe N°5
Vous prétendez vouloir faire des économies pour notre ville MAIS vous multipliez les dépenses voluptuaires et/ou inutiles (2CV, bus et plongeoirs inutilisables, entre autres) et créez de nouveaux postes de dépenses (augmentation des indemnités des élus, création d'un pôle Europe).


Paradoxe N°6
Vous prétendez vouloir éradiquer la dette de notre ville MAIS vous engagez, par exemple, un partenariat public / privé qui l'endette pour 18 ans et vous en remettez à des appels à dons pour financer plusieurs projets trop coûteux pour être financièrement supportés par notre ville.


Paradoxe N°7
Vous prétendez faire preuve d'honnêteté intellectuelle et reprochez à vos opposants d'en manquer MAIS en réalité vous vous cachez derrière les sempiternels mêmes arguments (baisse de dotations de l'État, héritage de finances calamiteuses, entrée de Ouistreham dans Caen-la-Mer etc.) et n'assumez que rarement vos choix controversés parce que controversables (coupe des arbres du stade Kieffer, flou initial autour des annonces concernant la gratuité du stationnement pour les Ouistrehamais).


Paradoxe N°8
Vous prétendez ne pas être de ceux qui plient sous la pression « d'activistes sectaires » MAIS vous avez pourtant déjà renoncé à plusieurs projets justement parce que les mêmes « activistes sectaires » s'y sont opposés avec raison (« Kribigate », projet immobilier sur les Jardins de l'Hôtel de Ville, fermeture du centre de loisirs en août) – ce que, bien sûr, par manque d'honnêteté intellectuelle ou par souci de ne pas perdre la face, vous n'acceptez pas de reconnaître.


Paradoxe N°9
Vous prétendez être la cible de multiples marques d'irrespect MAIS vous montrez à chaque conseil municipal retransmis en ligne une arrogance et une suffisance plus à même d'éveiller l'agacement que de susciter le respect.

Paradoxe N°10
Vous prétendez que ceux qui ont manifesté leur mécontentement (notamment lors des conseils municipaux des 28 septembre 2015 et 21 mars 2016) ne respectent pas la démocratie MAIS vous ne la respectez pas vous-même en n'affichant que mépris à leur égard plutôt qu'en faisant le choix si simple de rétablir avec eux écoute et communication.


Paradoxe N°11
Vous prétendez vous poser en rassembleur et souhaiter l'unité dans notre ville MAIS vous accusez vos contradicteurs d'être de « dangereux activistes » alors même que vous savez pertinemment que l'immense majorité d'entre ceux que vous avez pris l'habitude de diaboliser sont seulement d'ordinaires citoyens en désaccord avec vos façons d'agir et vos prises de positions pour notre ville.


Paradoxe N°12
Vous prétendez à qui veut l'entendre que vous pouvez mener comme vous l'entendez vos projets pour notre ville puisque vous avez été élu démocratiquement MAIS vous semblez oublier que le fait d'être élu démocratiquement ne vous autorise pas à vous croire investi des pleins pouvoirs, mais que cela implique, en revanche, que vous vous êtes engagés à servir tous ses administrés.

J'imagine aisément que vous ne prendrez pas le temps de répondre à ce courrier de plus d'un de vos administrés inquiets quant à l'avenir de notre ville. Mais j'ose espérer que cette lettre vous fera réfléchir. Non, vous n'êtes pas seulement le maire d'une soi-disant majorité silencieuse – il n'y a pas que les majorités qui soient silencieuses, et certaines majorités sont parfois bien fragiles. Vous êtes aussi le maire d'une opposition bruyante et plus importante que vous feignez de le croire.


Ouistrehamement vôtre,

Un Ouistrehamais ordinaire que vous classerez vraisemblablement dans les « impudents que ne respectent rien, surtout pas la démocratie ».
AB