18 février 2016

Pédale, Gustave !

Tonton Bédouin raconte ...

 

L'étrange engin du comte de Puiseux

 

La toute fin du XIXème et le début du XXème virent s'affronter, dans une saine émulation, bon nombre de pionniers, du plus lourd que l'air, qui rivalisaient d'adresse, d'inventivité et de hardiesse pour s'élancer à la conquête du ciel. Ce fut le cas à Ouistreham du  comte Gustave de Puiseux qui avait conçu avec le constructeur Vinet une bicyclette volante.



Gustave de Puiseux dont l'imagination n'avait d'égale...que la force de ses mollets 
et la villa les Tamaris à Hermanville sur Mer

La famille de Puiseux avait établi ses quartiers d'été à Hermanville sur Mer avec l'achat en 1892 de la villa Les Tamaris. C'est sans doute cette proximité géographique qui avait poussé Gustave à choisir Ouistreham comme terrain d'expérimentation de son surprenant véhicule. L'anecdote serait sans doute aujourd'hui bien oubliée sans le sens de la publicité dont avait fait preuve l'aéronaute en prenant soin d'éditer, ou de faire éditer, deux séries de cartes postales immortalisant l'exploit et décrivant la machine. La présence de la signature du comte sur certains exemplaires parvenus jusqu'à nous peut même laisser penser qu'il ne dédaignait pas les séances d'autographe.



Le comte de Puiseux en plein effort
Le "terrain d'aviation" semble être l'espace herbu s'étendant alors au bout de la rue de la grève en direction du port, aujourd'hui occupé par un lotissement de pavillons modernes


Un "cycloplane"

 

La tentative pour faire décoller l'étrange engin baptisé "cycloplane" eut lieu en 1909. La base est une bicyclette sur laquelle sont fixés 4 tubes qui soutiennent un "fuselage" en bambou de 5 mètres de long. A l'avant une hélice d'1,10 mètre actionnée par le pédalier via une transmission par chaîne et une poulie fixée à la roue arrière. La sustentation est assurée par deux ailes de 3,50 m² de surface, en bambou et toile caoutchoutée Continental, fixées au fuselage par des câbles d'acier. A l'arrière un plan stabilise l'ensemble. Le tout pèse 33 kilos auxquels il faut ajouter le poids de Gustave. On ignore combien de temps a duré le vol de cette espèce de cerf-volant ni même s'il a réussi à décoller. Il fallait assurément un bon coup de mollet, un vent arrière favorable et sans doute l'aide des deux personnages figurant sur la photo pour soulever l'engin et permettre à son intrépide pilote d'évoluer sur quelques mètres. Quant à se maintenir en l'air ou à se diriger...



Réclame pour la société Vinet en 1909, 
le probable constructeur de la bicyclette volante

 

On abandonne la pédale

 

Il y eut paraît-il une version motorisée du "cycloplane" baptisée "La Mouche". De plus grandes dimensions puisque l'envergure était de sept mètres et le poids à vide de 44 kilos. Un dispositif permettait en outre de replier les ailes pour circuler sur route. On ignore si des essais eurent lieu à Ouistreham mais l'engin ne fit pas école en tout cas.


Le cycloplane "La Mouche" source site j2mc planeurs