24 mars 2017

Le dessous des cartes

A grand renfort de communication notre édile s'évertue à promouvoir son grand projet de "Centre d'interprétation franco britannique" à plus de 15 millions d'euros. Après avoir analysé au cours des précédents articles la nature du projet, intéressons-nous maintenant plus précisément au lieu choisi pour cette implantation.

Le futur lieu d'implantation du CIFB





Ces images sont extraites du dossier de presse:http://ouistreham-rivabella.fr/wp-content/uploads/2016/11/Dossier-de-presse-musee.pdf


Le futur site en jaune sur le projet du PLU.(lien)

Agrandissement de la zone.

Selon le projet du PLU (Plan local d'Urbanisme), le secteur Nl correspond à la zone littorale de la plage, le secteur UTa concerne la zone de loisir de Riva-Bella à l'entrée principale de la plage. Le projet de musée de Romain Bail se trouve donc juste le long de cette limite UTa. Jusqu'ici rien d'inquiétant mais des évènements récents nous ont amenés à nous poser quelques questions dont nous allons vous faire part. Nous avons entrepris des recherches auprès de personnes compétentes et étudié des documents officiels qui sont publics mais dont la municipalité ne fait pas la publicité.

Événement récent


Rappelez-vous de la tempête Egon des 12-13 janvier 2017 :  la mer était montée très haut, le poste de secours avait visiblement eu les pieds dans l'eau et il s'en est fallu de peu que le très désormais célèbre "monument-à-la-mémoire-des-cérémonies-en-mémoire-du-70-eme-anniversaire-de-débarquement" ait, lui aussi, un bain de pied. Pourtant si Egon a été intense sur quelques départements cette tourmente ne fait pas partie des grandes tempêtes historiques.


Photographie prise le dimanche 15 janvier au matin.

Nous savons tous que la mer monte chaque année jusqu'au poste de secours n°1 mais avec un coefficient de marée de 100 et un vent somme toute assez habituel, comme c'était le cas en janvier, c'est un peu moins fréquent. En étudiant les cartes de la DREAL, (Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement) consultables en ligne, et particulièrement "L'Atlas des zones sous le niveau marin" on comprend mieux le phénomène. On constate que la mer est montée un peu plus haut que la zone en bleu au dessous du niveau marin de référence établi en 2013.

Que disent les cartes officielles ?


(lien)

Sur cette carte officielle le site du futur musée (identifié par un rectangle rouge pour le bâtiment prévu) se trouve dans une zone située à moins d'un mètre au dessus du marin de référence. Étonnant non pour un projet à 15 millions d'€ ? En effet cette zone n'est séparée de la mer que par quelques dizaines de mètres de terrain plat voire en dépression... et, à part quelques cabines, rien ne se trouve entre le futur site et la mer, aucun ouvrage de protection. On comprend mieux alors l'énorme "renaturation dunaire" qui vient s'interposer entre la mer et le bijou de Romain Bail. Pourtant, petit, ce dernier a fait des pâtés sur la plage, il aurait dû comprendre qu'un tas de sable n'arrête pas l'eau !

Sur toutes les cartes relatives aux risques de submersions marines, "Inondations temporaires de la zone côtière par la mer dans des conditions météorologiques (forte dépression et vent de mer) et marégraphiques sévères, provoquant des ondes de tempête"cette zone y figure comme étant vulnérable. Sur une des cartes elle figure dans la zone "Niveau marin moyen avec prise en compte du changement climatique".

(lien)


Une autre carte, qui découle de la précédente, est certainement la plus intéressante. Il s'agit de celle du "Projet de plan de prévention multirisques" notamment celle intitulée "Cartographie des aléas littoraux dans le cadre du projet PPRL Orne" relative aux aléas de submersions marines : la zone est comprise dans le niveau marin de référence (pointillés en bleu) ce qui est logique, étant établi que le niveau marin monte, il faut donc redéfinir ce niveau marin de référence par rapport aux nouvelles données. On se rend compte alors qu'il y a un problème avec la situation du "joyau baillesque"  à 15 millions d'euros. 

(lien)


Alors notre maire s'est-il assuré d'avoir toutes les approbations avant de se lancer dans un tel projet ? Si l'on visionne la vidéo du conseil municipal (3h10mn18s) on constate que celui-ci, en réponse à une question posée par l'opposition, se veut rassurant... mais ne le trouvez-vous pas peu convaincant quand même ?




https://www.youtube.com/watch?v=0H3-kBOCIqI&feature=youtu.be&t=3h10m18s

Cela ne vous rappelle-t-il pas un certain Michel Fricout qui déclarait dans la presse "discuter avec le préfet" à propos du partenariat public/privé alors que celui-ci avait assigné la ville au tribunal ? Par ailleurs sa diatribe sur le futur changement de gouvernement au cours du dernier conseil municipal ne cache-elle pas l'espérance de voir les règles changées, assouplies à son profit ? Enfin on notera aussi dans la délibération du conseil municipal que la description du projet le présente situé "sur la plage" (document ci-dessous). Alors si cette zone est considérée comme faisant partie de la plage elle doit être classée en Nl( zone littorale) et on ne peut y construire un musée ! A être trop bavard il finit par dire n'importe quoi !

Délibération du conseil municipal page 24.(lien)

Autorité environnementale


Nous nous rangerons, nous, à "l'Avis délibéré de la mission régionale d’autorité environnementale sur le plan local d’urbanisme de la commune de Ouistreham"(lien) dont il faut bien dire qu'il n'est pas tendre avec l'aspect environnemental du plan local d'urbanisme (PLU) de Ouistreham. Ce document très complet est à lire absolument pour prendre du recul par rapport aux différents projets immobiliers annoncés par la municipalité.

Dernière page, en conclusion.

Les esprits chagrins diront comme notre édile... encore une carte faite par des "experts bien au chaud derrière leur bureau", formule utilisée pour qualifier les personnes qui avaient travaillé sur le plan de prévention des risques au mois de février 2016 (lien). Dans un article (ci-dessous) Romain Bail avait lâché:" Si au moins c’était sur le littoral, on pourrait comprendre..." 

(source)

Le moins que l'on puisse dire c'est que le cordon dunaire entre le site du futur musée et la mer est fragile... puisqu'il n'y en a pas ! Il admet qu'il y a des risques sur le littoral mais il veut y construire un musée à 15 millions d'euros ! Comprenne qui pourra!

Des relations en soutien ?


Pour que l'on ne nous taxe pas de parti pris, plutôt que de citer des experts du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) donnons la parole à un des amis de Romain Bail, Jean-Paul Henriet, ancien maire de Cabourg (lien)"Les plus récentes analyses envisagent une élévation du niveau des mers d’un peu plus d’un mètre en 2100. C’était encore 60 centimètres il y a 10 ans ! Mais tous les voyants sont passés au rouge et les estimations ne cessent d’empirer au fur et à mesure que l’on affine les données..."Paroles de sagesse d'une personne qui a participé à une réunion organisée par "Les Amis de Ouistreham Riva-Bella", association dont on ne peut pas dire qu'elle soit "anti Bail" bien au contraire puisque son adresse est à la mairie (lien)... Est-ce un pur hasard si un tel forum est organisé alors que la municipalité cherche à construire sur le littoral ? Évidement non, le maire cherche à s'entourer pour faire émerger son musée, tout simplement. Car le plan de prévention des risques n'est pas acté, il faut donc faire jouer ses relations...!

Page Facebook du maire.

Par ailleurs n'oublions que notre maire a participé au congrès de l’association nationale des élus du littoral (ANEL) à Saint Tropez en 2015 dont le thème était « Quelles réponses des collectivités face aux changements climatiques ? ». Il était même au premier rang pour être vu sur les photos! (photo n°3 ). 

Si l'on remonte plus loin dans le temps sa présence à la réunion de travail du projet LiCCo (Living with a Changing Coast) (lien) n'a pas dû être très productive puisque dans le rapport de cette rencontre il est écrit que:" Sur les zones concernées par les submersions marines, renforcer les digues permettrait de protéger les biens et les personnes à court terme tout en assumant le compromis lié au coût d’entretien notamment. Ces choix accroissent la vulnérabilité des territoires, lors d’événements exceptionnels, en donnant un faux sentiment de sécurité. C’est une logique à court terme, alors que des relocalisations seront probablement à envisager à long terme" (Bas de page 4).

Mais que fait-il au cours de ces réunions pour ne pas en intégrer les conclusions ? Il est vrai que ses aventures tropéziennes resteront dans les annales...

Revenons au PLU


Sur les cartes des risques de la DDTM (Direction départementale des Territoires et de la Mer), la zone concernée par le musée est identifiée comme étant dépourvue d'ouvrages de protection, notamment de dunes (lignes noires sur la carte). C'est un des rares endroits de la côte non protégé, autant dire le pire endroit pour un projet de ce prix. On comprend évidemment l'énorme renaturation dunaire voulue par Romain Bail et censée protéger le bâtiment !


(lien carte2)

On rappellera dans ce contexte l'avis défavorable du préfet concernant le projet de Plan Local d'Urbanisme qui est loin d'être anecdotique:

(lien page29)


Le site prévu pour le projet, on note l'absence totale de protection face à la mer.

On pourrait objecter que la piscine a été construite dans cette zone il y a quelques années. C'est vrai, mais admettons qu'une petite piscine en plein air est, par nature, moins vulnérable, moins risquée vis à vis de l'envahissement par l'eau qu'un très couteux Centre d'interprétation franco-britannique .

Ajoutons que le terme "recul stratégique" est de plus en plus souvent utilisé pour qualifier l'attitude à adopter face à la montée inéluctable de la mer conséquence du réchauffement climatique, y compris par les assureurs en l'occurrence ici AXA (lien) , qui financent à grand frais des recherches sur le sujet: "Ces mécanismes inédits pourraient inclure de nouvelles politiques de planification locale, comme un retrait stratégique sur le plan de l’urbanisation(fin du document).

Si l'on revient au projet de plan local d'urbanisme ne serait-il pas plus logique d'inclure en secteur Nl (correspondant à la zone littorale de la plage), l'avancée "étonnante" du tracé en rouge vers la mer et de le corriger comme nous l'avons fait sur la carte avec une ligne jaune ? Cela éviterait de construire éperdument dans des zones qui à l'avenir seront inévitablement vulnérables à la montée des océans mais il est vrai que cela contrarierait aussi beaucoup le projet de Bail...


En jaune l'alignement possible du tracé.

En conclusion


Rappelons-nous le projet abandonné de lycée maritime présenté lors de la campagne électorale, le parking souterrain derrière le cinéma dans une zone inondée en 1995, la cité jardin menacée puis classée depuis comme "monument signant l'histoire architecturale" dans le diagnostic du PLU, le projet de raser la maison du tourisme construite il y a moins de 5 ans au profit d'un hôtel 5* et d'une salle de spectacle et... plein d'autres projets évacués, délaissés, oubliés...! Toujours de grands effets d'annonces pour des projets souvent précédés de coûteuses études qui finissent à la poubelle face à la réalité des choses. Ne serait-ce pas une ultime partie de poker menteur qu'a décidé de jouer notre maire avec notre argent dans cette affaire ?