08 mai 2016

Stationnement payant : les premiers enseignements

Le "bédouin moyen", celui qui est comme vous et moi, tire les premiers enseignements de l'expérience des parkings payants dans la commune. Nous relayons son propos qui rejoint l'état d'esprit des rédacteurs de LPB  

Avant d'entrer dans le vif du sujet, permettez-moi de me fendre d'une petite précision qui a son importance, en ces temps où la notion d'honnêteté intellectuelle est régulièrement convoquée, et plus régulièrement encore galvaudée : non, jamais un opposant au projet de stationnement payant à Ouistreham n'a souhaité que notre ville soit désertée, fuie par les touristes ou boudée par les locaux. Cette précision, je tiens à la faire parce que sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui, en ce long week-end de l'Ascension, semblent s'enorgueillir de l'affluence de visiteurs à Riva-Bella, pensant à l'évidence « moucher » les détracteurs des « parkings payants ». Or, puisque je fais partie des détracteurs en question, permettez-moi de vous assurer que je suis bien heureux de cette affluence aux couleurs estivales. Car non, je n'ai jamais souhaité voir notre ville désertée. Non, je n'ai jamais cru non plus que le stationnement payant en ferait une ville morte.
Mais ne regardons pas le doigt de celui qui s'en sert pour montrer la lune. Que l'affluence soit maximale à Ouistreham un week-end d'Ascension, qui plus est quand la météo est au beau fixe comme c'est le cas cette année, cela n'a rien d'étonnant, cela a toujours été. Et les mêmes personnes qui postent béatement des photos de la plage bondée et des parkings pris d'assaut ont semblé curieusement moins promptes à dégainer leur appareil photo la semaine passée, week-end du 1er mai, à l'heure des Foulées du Muguet – 100 coureurs de moins (soit un tiers des participants) que l'année précédente. Il avait pourtant fait beau également. On arguera que la fréquentation a souffert de la concurrence de la très tendance « Audacieuse » à Hérouville. Argument recevable il est vrai. Toujours est-il que, si je me réjouis de l'impressionnante affluence de ce week-end, je regrette vivement l'affluence plus timorée du week-end précédent.
Ceci dit, laissons-là cette "guéguerre" stérile et tentons de tirer constructivement dix enseignements – parmi d'autres, sans doute ! – de ce premier mois avec stationnement payant en front de mer.


1 – Un parking Alfred-Thomas désert en semaine et soirée

 

Personne ne pourra dire le contraire tant il semble que cette vaste zone de stationnement a pris des airs de no man's land ces derniers temps. On peut alors s'interroger : pourquoi avoir choisi de faire de ce parking si pratique, bien situé et naguère fréquenté, un parking sous-utilisé ? Et quel intérêt y a-t-il à l'avoir mis payant 24h sur 24 alors que partout ailleurs, le stationnement est gratuit à partir de 19h ?


2 – Des rues adjacentes prises d'assaut

 

Cela était à craindre, les rues dans lesquelles le stationnement n'est pas payant sont bondées et s'y garer relève parfois de la gageure. Pas sûr, de plus, que tous les riverains apprécient... Le prétendu problème de la rotation des véhicules n'a-t-il pas tout simplement été déplacé plutôt que solutionné ?

3 – Des Ouistrehamais lésés


L'heure gratuite de stationnement par demi-journée pour un véhicule par foyer rend légèrement plus compliquées l'après-midi plage en famille et la sortie restaurant en amoureux... Sans compter que l'heure en question sera abolie en pleine saison et que les Ouistrehamais étaient censés ne pas être touchés par la mesure. 

4 – Des touristes « vache à lait » 


Par une belle journée comme celle-ci, repartir d'une virée à la plage avec un papillon vous signifiant qu'a été relevée à votre encontre une infraction à la réglementation du stationnement – souvent parce qu'on n'a pas payé soit par inadvertance, soit par manque d'information, plus rarement en connaissance de cause – on a connu souvenir plus impérissable. Et la création d'emplois saisonniers strictement dédiés à la verbalisation semble en dire long sur les objectifs financiers définis par la mairie.

 5 – Des aménagements nécessaires pour les cyclistes

 

Les rares partisans du stationnement payant ont fait leur une réplique imparable pour répondre aux grincheux de tout poil : « Les Ouistrehamais n'ont qu'à se déplacer à pied ou à vélo au lieu de se plaindre ». Je les ai pris au mot et nous nous sommes donc rendus en famille à la plage à bicyclette, aujourd'hui-même. Avouons-le, la contre-allée des boulevards de la Liberté et Churchill nous a permis d'arriver aisément à destination et sans doute en moins de temps qu'il en aurait fallu si nous avions tourné en rond en voiture pour trouver une place – gratuite ou payante, d'ailleurs ! En revanche, pour « garer » nos vélos, cela a été une toute autre histoire : aucun emplacement supplémentaire à cet effet n'a été prévu du côté du poste de secours N°2 depuis le 1er avril dernier... Il faudra vite y remédier si l'équipe en place veut que ses administrés appliquent à la lettre ses conseils. Parce que quatre bicyclettes accrochées à un lampadaire public, ça fait quelque peu désordre. Fort heureusement, les policiers municipaux en vadrouille ne nous ont par verbalisés... 

6 – D'autres aménagements nécessaires


Puisque les parkings sont payants, les « payeurs » ne sont-ils pas en droit dès lors de réclamer une voirie impeccable ? Or il s'avère que les zones de stationnement longeant les herbus, boulevard Aristide Briand, sont pour le moins cahoteuses et les emplacements sans marquage au sol – ce qui les optimiserait pourtant. Le service payant proposé est-il vraiment ici à la hauteur du prix à payer ?

 7 – Un manque d'information


Pour les automobilistes non autochtones, le fait – inattendu – d'avoir à rentrer son numéro d'immatriculation est souvent synonyme d'un aller-retour supplémentaire jusqu'au parcmètre, ce qui n'est pas très grave si l'on a pu se garer à proximité du parcmètre en question – il faut parfois marcher plus de 50 m pour en atteindre un. Par ailleurs, les informations concernant le stationnement payant ne sont pas directement visibles sur l'engin : il faut faire la démarche d'appuyer sur la touche « i » pour avoir les horaires et les tarifs. Force est d'admettre que de nombreux touristes auront tôt fait de penser que, comme dans beaucoup d'endroits, le stationnement est gratuit le week-end et les jours fériés. Il est néanmoins probable que ces soucis concernent tous les parcmètres « nouvelle génération », pas uniquement ceux de notre ville.

8 – L'instauration de nouvelles « zones bleues »


A priori, les difficultés de stationnement qui déjà découlent de la mise en place du stationnement payant obligent à repenser les conditions de stationnement … gratuit. Il semblerait qu'il faille s'attendre à une recrudescence de places en « zone bleue » qui, elles, pour le coup, seraient en pleine adéquation avec une politique de « meilleure rotation » des véhicules en matière de stationnement. Mais encore une fois, des places limitées dans le temps limitent aussi les possibilités pour les usagers : pas question d'aller chez le coiffeur se faire une couleur si l'on stationne en zone bleue !

 

9 – Une mesure à laquelle on ne comprend pas grand chose :


Acet égard, il suffit de lire cet article http://www.normandie-actu.fr/polemique-autour-du-stationnement-payant-a-ouistreham-le-maire-s-explique_195921/ pour constater que le maire, même en louvoyant, peine à justifier clairement la mise en place de ce stationnement payant. Entre revirements dans les objectifs, modifications dans le contenu et approximations dans les chiffres, il y a de quoi avoir de vrais doutes sur les motivations du projet et sur ses résultats. 

10 – Une image de la ville écornée


Que l'affluence soit au rendez-vous ou pas, notre ville est à présent localement réputée pour être la seule station balnéaire payante entre Isigny-sur-Mer et l'estuaire de l'Orne. Dans l'esprit de nombre de gens de l'extérieur, la mesure est même perçue comme une sorte de racket. On a déjà vu mieux comme publicité.


En conclusion, même s'il est évidemment trop tôt pour mesurer véritablement l'impact du stationnement payant sur la fréquentation de notre ville et les conséquences économiques qui en découleront, force est d'admettre que ce premier mois de « mise en service » laisse perplexe. Et quand bien même, au final, Ouistreham en sortirait gagnante d'un point de vue financier, resterait un bémol, dérisoire peut-être aux yeux de certains, mais d'importance aux miens : celui d'avoir transformé un lieu d'histoire en « machines à sous ». Et ce ne sont pas les neuf voitures que j'ai croisées cet après-midi, arborant un « papillon » informant leurs propriétaires qu'ils avaient fait l'objet d'une contravention pour infraction aux règles de stationnement, qui le démentiront.