12 juin 2017

La Flamme d'Yvonne

Tonton Bédouin raconte...


 "Force venue de la mer qui s'élance par dessus la forteresse qu'elle domine, vague d'acier qui porte sur ses flancs, frappés dans le métal le nom de ceux qui débarquèrent, nef dont l'étrave s'ouvre pour  rappeler à tous, coulée dans le bronze, la date qui évoque la totalité de l'événement : 6 juin 1944"

En hommage aux 177 héros du n°4 commando


L’œuvre monumentale a été érigée en mémoire des 177 français qui le 6 juin 1944 débarquèrent à proximité. Bon, pas tout à fait à Ouistreham et surtout à Colleville mais l'histoire retiendra  plutôt Ouistreham. Tant mieux pour notre cité...qui y gagnera en notoriété jusqu'à accueillir les célébrations du 70ème anniversaire. Mais revenons à nos commandos. Débarqués à 7h20, le 6 juin à Colleville, 3 d'entre eux furent tués sur la plage, 7 autres périrent le même jour au cours de la libération de notre cité. Libération qui passa aussi par la conquête du fortin et la neutralisation des deux mitrailleuses MG 34 qui l'équipaient. C'est ce fortin qui supporte aujourd'hui la flamme mémoriale, fortin qui a lui-même une histoire peu banale puisque sa coupole d'acier fabriquée à Saint-Chamond (Loire), et récupérée par l'organisation Todt provenait de la ligne Maginot. Une histoire que Tonton Bédouin vous avait contée en son temps. (cf article du 12 septembre 2015).

Deux esquisses réalisées par Yvonne Guégan pour le monument des commandos.
 (In Guégan commandes publiques projets réalisations J Mahler Corlet 2003)

Yvonne Guégan marquée par la guerre


Yvonne Guégan naît le 8 avril 1915 à Paris. Son père a été mobilisé dès juillet 14 et tombe au front le mois suivant. Il ne connaîtra jamais sa fille. Elle est adoptée par le second mari de sa mère, Paul Guégan, un pharmacien qui achètera une officine à Caen. Yvonne, qui dès son plus jeune âge dessine beaucoup, fait ses études secondaires à Caen puis intègre l'Ecole nationale des Beaux-Arts à Paris. Au delà de l'enseignement de ce prestigieux établissement, la jeune artiste s'inspire de Matisse, Derain ou Vlaminck mais découvre aussi la vie politique avec l'avènement du Front populaire. Lors de la déclaration de guerre en 1939, ses parents inquiets la rappellent à Caen où elle alternera travail à la pharmacie et peinture dans l'atelier installé au dessus. Le 6 juin 1944, alors que les commandos libèrent Ouistreham, un déluge de fer et de feu s'abat sur Caen broyant la pharmacie familiale de la rue Saint-Jean, le logement et l'atelier renfermant les œuvres de l'artiste. Sa production de l'immédiat après-guerre témoigne du paysage d'apocalypse dont elle fut le témoin.

Caen, ruines Huile sur Isorel Musée de la Résistance Besançon.
 (In Yvonne Guégan Regards sur la guerre. Archives départementales du Calvados juin 2004)

Un personnage-clé de la vie culturelle normande


Yvonne Guégan voyage beaucoup dans les années 50 puisant l'inspiration de son œuvre en Grande Bretagne, Suède, Italie ou Espagne. C'est aussi un acteur essentiel de la renaissance de la vie culturelle caennaise pendant cinq décennies. Bon nombre d'édifices de la Reconstruction intègrent vitraux, mosaïques ou tapisseries de l'artiste. Son talent multiple fait merveille dans les écoles, les collèges ou les édifices religieux. Mais l’œuvre la plus visible tant au point de vue de la volumétrie que de la situation reste la Flamme des commandos réalisée en 1984 pour le quarantième anniversaire du Débarquement. La flamme d'aluminium monumentale sera inaugurée par François Mitterrand le 6 juin 1984.

Un lieu de mémoire


Désormais le Mémorial de la flamme est un passage obligé de toute commémoration du débarquement. Chaque 6 juin des prises d'armes s'y déroulent et les fusiliers-marins d'aujourd'hui rendent hommage à leurs illustres et valeureux prédécesseurs, les 177 commandos du 1er bataillon de fusiliers marins.


La gerbe déposée par François Mitterrand lors de l'inauguration en 1984


Retour de François Mitterrand à Ouistreham en 1994 avec le maire André Ledran pour le cinquantième anniversaire. On est dans la deuxième cohabitation, on reconnait derrière le Président, Edouard Balladur Premier ministre.

La cérémonie du soixantième anniversaire en 2004